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26 mars 2006

Des bêtes noires (Barbara Pflüger)

Barbara Pflüger, psychologue et experte en coaching a récemment écrit ce texte sur les "bêtes noires", ces freins psychologiques qui nous empêchent d'être efficaces dans des situations sociales comme l'entretien de recrutement ou "réseau". Elle a gentiment accepté que je le reproduise dans ce blog. Le voici:

Des bêtes noires

Lors des entretiens d’embauche, ou dans d’autres occasions où l’on peut se sentir en situation d’infériorité (situation de demande, sentiment de dépendre de la décision d’autrui….), on peut être parasité par des craintes, des freins, ce que j’appelle des bêtes noires. Par exemple, un autodidacte qui craint qu’on lui reproche de ne pas avoir de diplôme de telle ou telle école, une femme de s’être arrêter trop longtemps lors de la naissance d’un enfant, un jeune diplômé de ne pas avoir été embauché à la fin d’un stage, etc.…

Ces bêtes noires sont invalidantes car en plus d’occuper l’esprit inutilement, elles dévalorisent l’image qu’on a de soi, ce qui est préjudiciable dans ces situations.

Chaque individu a ses propres bêtes noires. Même le manager le plus efficace, d’apparence sûr de lui, cache des doutes, un certain manque d’assurance sur certains registres (aussi bien professionnel que personnel).

Approche psychologique

Les bêtes noires sont les manifestations de complexes simples issus de ce les psychanalystes nomment le Surmoi ou Idéal du Moi.
L’évolution de chacun est motivée par la réussite de certains projets, fixés par les parents lors de l’enfance puis par soi-même mais toujours pris dans un contexte social : réussir ses études, une carrière, sa famille, son rôle de parent, etc.… Le Surmoi est l’instance psychique qui agit comme moteur, comme juge et comme censeur. Pour que la motivation perdure, il faut du challenge, et certains projets ne sont pas réussis à la hauteur des attentes du Surmoi. Naissent alors les complexes, le manque d’assurance qui jouent à la fois un rôle d’aiguillon et de garde fou (« tu ne peux y aller, c’est trop pour toi. / vas-y si t’es cap’ »).

Ce que j’appelle les bêtes noires sont les signes de ces complexes.

Comment les parer lors des entretiens ?

1) Il est nécessaire de les identifier. Lorsqu’on redoute une question, qu’on est intimidé devant le même type de personne, lorsqu’on est en situation d’échec dans sa communication dans des situations similaires, c’est qu’il se cache une bête noire.
Souvent, on a l’impression de patauger, de se « prendre les pieds dans le tapis », de se « griller tout seul », bref, d’être pataud. On se perd dans des justifications inutiles, on répond à des questions non posées, on est maladroit…
Identifier ses bêtes noires signifie mettre des mots dessus. Il ne s’agit pas juste d’avoir une idée vague. Les verbaliser est indispensable car sinon, on ne peut construire de parade.

2) Il faut faire un travail personnel dessus. Souvent prendre conscience de ses bêtes noires suffit. Parfois, un travail plus approfondi est intéressant pour dépasser ces freins qui peuvent être réellement invalidants. Evidemment, cela ne doit pas être évoqué lors des échanges professionnels et notamment lors des entretiens d’embauche (à éviter comme réponse pour « qualité/défauts).

3) Pour optimiser ses prestations lors des entretiens professionnels, une fois les bêtes noires identifiées, il faut construire un discours qui élude le problème. Sans mentir, on peut arranger les réponses et ainsi éviter le mauvais pas. Le but est d’éviter que la charge affective liée aux bêtes noires s’active. En cela, il faut éviter d’invoquer les éléments nodaux.

Exemples :
Une jeune diplômée était déstabilisée à l’évocation d’un stage dans une entreprise prestigieuse. En effet, à la fin du stage, elle avait été reçue par un manager qui l’avait vivement critiquée, alors que son travail avait été bien perçu par ses N+1. Depuis, elle avait brillamment poursuivi ses études, avait réussi d’autres stages, mais elle s’embourbait dans des explications inutiles quand, immanquablement on l’invitait à parler de cette entreprise. Cette jeune femme, n’ayant jamais eu d’explication satisfaisante concernant le « savon » passé, elle s’était persuadée qu’il était mérité et était mal à l’aise à présenter cet « échec ». Echec ou pas, là n’est pas la question. Le problème fût de préparer un discours qui sans éluder le stage, lui permette de contourner la zone délicate : elle a poursuivi ses études en se spécialisant, par ailleurs l’entreprise n’embauchait pas de stagiaires dans ce service cette année là.

Un ingénieur électrotechnicien qui a démissionné d’une SSII. En effet, après plusieurs missions a été envoyé sur des missions de saisie et a préféré quitter l’entreprise. Or, lors de sa présentation, à l’évocation des raisons de ce départ, il finissait par s’emporter. La blessure narcissique liée à ce qu’il a perçu comme une dévalorisation (les missions de saisie) apparaissait systématiquement et donnait l’image d’une personne prétentieuse et ingérable. La parade : il n’évoquait plus ces missions de saisie, ni sa démission, mais développait ses missions principales qu’il présentait comme des missions ponctuelles (CDD) : plus de démission ni de mission sous qualifiée.


Que pensez vous de cette approche ?

15:10 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires

Vrai; les peurs sont souvent causes d'échecs, quand elles n'avortent pas tout simplement la tentative. La difficulté est de les identifier, l'esprit humain préferrant repousser la honte de la peur (jamais très glorieuse) pour trouver des excuses autres. On peut relier cela en partie à la violence subjective de Bourdieu, cette violence sociale que l'on se fait soit même, parce qu'assimilée comme telle depuis notre enfance et son environnement social plus ou moins déterminé. Le problème en France est de ne porter cette question quasi exclusivement dans la sphére politique, quand il faudrait aussi et avant tout me semble-t-il, l'aborder soi-même de front (en gros mettre un peu de Nietzsche dans Bourdieu, ou sacrifier un peu la sociologie à la philosophie). Certainement un syndrome d'une France qui voit à tout problème une réponse politique et en oublie ainsi l'individu.

A+

Ecrit par : PL | 02 avril 2006